Face aux lois antisémites, quelles possibilités de résistance ? | Recherche
Mise à jour le 25/09/2026
Sous le fascisme italien et le régime de Vichy, certaines personnes juives ont tenté d'échapper à une partie des mesures antisémites en sollicitant des dérogations. L'historienne Enrica Asquer étudie leurs dossiers et leurs récits autobiographiques pour comprendre comment elles ont cherché à défendre leurs droits face à la persécution.
Infos clés
Dispositif : Bourses de recherche sur la xénophobie et l'antisémitisme
Chercheur-se : Enrica ASQUER
Laboratoire : Institut d'histoire du temps présent (IHTP-CNRS)
Statut : recherche postdoctorale
Discipline : histoire contemporaine
Présentation
À partir de 1938 en Italie et de 1940 en France, les législations antisémites excluent progressivement les Juifs de nombreux domaines de la vie professionnelle et sociale. Ces dispositifs prévoient toutefois certaines possibilités de dérogation, notamment pour des personnes pouvant faire valoir des services ou des mérites considérés comme exceptionnels.
Pour tenter d'en bénéficier, des personnes visées par ces lois constituent des dossiers dans lesquels elles mettent en avant leur parcours, leurs mérites professionnels ou militaires, leur attachement au pays ou encore l'histoire de leur famille. Enrica Asquer étudie ces documents non seulement pour comprendre le fonctionnement administratif de la persécution, mais aussi pour restituer les stratégies mises en œuvre par les personnes persécutées pour tenter d'en limiter les conséquences.
La comparaison entre l'Italie fasciste et la France de Vichy permet également d'interroger deux systèmes différents de mise en œuvre des politiques antisémites.
Méthodologie
La recherche repose sur l'étude de dossiers administratifs conservés principalement aux Archives centrales de l'État à Rome, aux Archives nationales et au Centre de documentation juive contemporaine – Mémorial de la Shoah à Paris.
Enrica Asquer analyse les récits produits par les personnes demandant une dérogation : les arguments qu'elles choisissent de mettre en avant, leur manière d'évoquer leur identité juive, le registre employé pour s'adresser aux autorités et les documents utilisés pour étayer leur demande. Le projet associe ainsi analyse approfondie des textes et comparaison des caractéristiques sociales et biographiques de leurs auteurs.
Pour la France, l'enquête s'est notamment concentrée sur les archives de l'Académie de Paris concernant les personnels de l'enseignement touchés par le premier Statut des Juifs, ainsi que sur les fonds relatifs au Commissariat général aux questions juives.
Principaux enseignements
La comparaison met d'abord en évidence des différences importantes entre les deux pays. En Italie, les demandes sont examinées dans un système largement centralisé autour de la Direction générale pour la démographie et la race. Dans la France de Vichy, la procédure implique davantage les administrations et les hiérarchies professionnelles, avec des modalités qui évoluent entre les Statuts des Juifs de 1940 et de 1941.
L'étude des personnels de l'enseignement parisien montre notamment le rôle déterminant des supérieurs hiérarchiques. Pour qu'un dossier puisse progresser, un doyen ou un proviseur pouvait être amené à soutenir la personne concernée auprès du rectorat. Cette première sélection locale conditionnait donc fortement l'accès même à la procédure de dérogation.
Ces pratiques ne remettaient cependant pas en cause le principe des lois antisémites. La possibilité d'accorder des exceptions contribuait au contraire à introduire une distinction entre les personnes jugées suffisamment « méritantes » pour bénéficier d'un traitement particulier et toutes les autres. La procédure demeurait ainsi inscrite dans le fonctionnement même de la politique de persécution.
Mais les dossiers permettent aussi de retrouver, malgré les fortes contraintes imposées par les autorités, les tentatives des personnes persécutées pour agir sur leur propre situation. Les requêtes et récits autobiographiques deviennent alors des moyens de défendre une carrière, une famille ou une conception de leur appartenance à la communauté nationale.
Apports de la recherche
Enrica Asquer propose ainsi d'observer les politiques antisémites à deux niveaux : celui des administrations chargées de les appliquer et celui des personnes qui y sont confrontées.
Cette approche permet de mieux comprendre la violence produite par des procédures administratives qui pouvaient présenter l'apparence d'un traitement individualisé ou d'une exception, tout en restant intégrées à un système fondé sur l'exclusion. Elle contribue également à restituer aux personnes persécutées leur capacité d'action, sans minimiser les contraintes extrêmes dans lesquelles leurs démarches s'inscrivaient.
Pour aller plus loin
Les recherches menées par Enrica Asquer sur les demandes de dérogation sous le régime de Vichy ont notamment donné lieu à un article publié en 2019 dans la revue Quaderni storici, consacré aux requêtes adressées aux autorités par les personnes visées par les persécutions antisémites.
Les Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme
Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche sur la xénophobie et l’antisémitisme, qui encouragent les jeunes chercheuses et chercheurs à mieux comprendre ces phénomènes, leurs formes et leurs évolutions.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient la production et la diffusion de connaissances afin de contribuer à la lutte contre le racisme, la xénophobie et l’antisémitisme et d’éclairer les politiques publiques.
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