Paul Watson : « Paris est une ville refuge pour les défenseurs de l'environnement »
Rencontre
Mise à jour le 10/03/2025

Citoyen d'Honneur de la Ville de Paris, le capitaine Paul Watson est aussi un amoureux de la capitale, où il a posé ses valises depuis déjà quelques années. Paris.fr a rencontré le militant écologiste, fondateur de l'ONG Sea Shepherd.
Incarcéré au Groenland de juillet à décembre 2024 à la demande du Japon pour des faits remontant à 2010, Paul Watson a reçu un grand soutien des Français. Plus de 70 % des 6 000 lettres qu'il a reçues en détention venaient de l'Hexagone. À sa sortie, ce grand défenseur des baleines et des océans a demandé l'asile politique à la France. Un premier pas avant de faire sa demande de nationalité française. Interview avec ce Canadien devenu Parisien.
Après cinq mois de détention au Groenland, vous avez été libéré le 17 décembre 2024… Vous avez pu retrouver votre péniche parisienne !
Exactement, c'était formidable de pouvoir rentrer chez moi juste avant Noël pour passer les fêtes avec mes deux jeunes garçons. Et être de retour à Paris, c'est important car entre la capitale et moi, c'est une grande histoire d'amour. Quelle fierté de m'être vu décerner la Citoyenneté d'Honneur des mains d'Anne Hidalgo le 3 février dernier ! C'est une distinction honorifique qui envoie un signal fort à la communauté internationale et qui prouve que Paris est une ville refuge pour les défenseurs de l'environnement.

Paul Watson, Citoyen d'Honneur de la Ville de Paris. Seuls une trentaine de personnalités et de lieux ont reçu cette distinction.
Credit
Clément Dorval / Ville de Paris
Paris vient également d'accorder la Citoyenneté d'Honneur à la Seine. Quelle est votre relation avec ce fleuve ?
Que ce soit sur l'océan ou sur un fleuve, je me sens toujours mieux sur un bateau, donc c'est tout naturellement que j'habite sur une péniche sur la Seine. Même si je n'ai pas encore testé la baignade, j'ai hâte de le faire l'été prochain. Je sais les efforts que cela nécessite - en termes d'argent et d'énergie - de dépolluer un fleuve, quel qu'il soit, et de le rendre baignable. Selon moi, « nettoyer la Seine » est une occasion de montrer au reste du monde que c'est possible.
Je sais les efforts que cela nécessite - en termes d'argent et d'énergie - de dépolluer un fleuve, quel qu'il soit, et de le rendre baignable.
fondateur de sea shepherd
Je trouve ça vraiment judicieux d'avoir accordé la Citoyenneté d'Honneur à ce fleuve comme ça a pu être le cas pour d'autres cours d'eau comme le fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande ou la lagune de la Mar Menor en Espagne. C'est reconnaître à la Seine son rôle central dans l'histoire et l'identité de la Capitale. Après tout, la Seine est en grande partie la raison pour laquelle Paris est Paris !
Plus globalement, j’ai toujours pensé que les rivières, les écosystèmes et la nature en général devraient avoir des droits reconnus par la loi. Qu’ils devraient être représentés en tant qu’entités essentielles à notre survie à tous. C'est donc là un premier pas vers une reconnaissance juridique de la Seine.
En effet, une convention citoyenne pour les droits de la Seine se prépare. Des Parisiens tirés au sort vont pouvoir débattre et réfléchir sur les moyens de protéger le fleuve…
C'est une excellente idée ! C'est important que les citoyens et les communautés puissent se réunir et faire entendre leur voix dans tout projet de développement ou toute action ayant un impact sur l’écosystème marin, qu’il s’agisse d’une rivière, d’un lac ou même de l’océan. Je ne peux pas croire que les Parisiens puissent s’opposer au nettoyage ou à la protection de leur fleuve.
Éduquer les individus sur ce qu'est un réseau fluvial et un hydrosystème est la meilleure chose que l'on puisse faire.
fondateur de sea shepherd
Je pense qu'éduquer les individus sur ce qu'est un réseau fluvial et un hydrosystème est la meilleure chose que l'on puisse faire. C'est ainsi que l'on comprend l'intérêt de restaurer un écosystème, d'y ramener la faune, de réintroduire les poissons et de garantir un environnement propre et sain pour toutes les espèces, pas seulement pour les humains.
Le combat de votre vie, c'est la protection de la vie sous-marine. Quelles sont vos prochaines batailles ?
À Sea Shepherd France, nous avons de nombreux projets en cours. À commencer par la protection des tortues à Mayotte et celle des orques ibériques au Détroit de Gibraltar. Nous travaillons aussi avec le Gouvernement français pour créer un sanctuaire pour les orques du Marineland d'Antibes, après l'interdiction de la détention de cétacés en captivité.
L'été prochain, j’envoie un navire en Islande pour intervenir contre la chasse illégale à la baleine, et nous sommes prêts à agir contre les Japonais s’ils retournent dans le sanctuaire baleinier de l’océan austral.
Les combats sont malheureusement trop nombreux par rapport au temps et aux ressources dont nous disposons. Mais nous faisons de notre mieux.
Votre lutte ne connaît aucune limite ?
Vous savez, en cinquante ans de combat, je n’ai jamais blessé personne. Aucun de mes équipiers n’a jamais été blessé, et je n’ai jamais enfreint la loi. Sea Shepherd opère toujours dans les limites de la légalité et du possible. Nous intervenons là où nous le pouvons, quand nous le pouvons, et de la manière la plus efficace possible.
Si vous êtes lanceur d'alerte, que vous voulez provoquer un changement majeur, vous allez déranger des gens…
fondateur de sea shepherd
Plus personnellement, j’ai beau avoir fait plusieurs séjours en prison, je n’ai jamais été condamné pour aucun crime. Nelson Mandela a été incarcéré, Mahatma Gandhi aussi. Il semble que tous ceux qui veulent changer les choses passent par cette étape. Si vous êtes lanceur d'alerte, que vous voulez provoquer un changement majeur, vous allez déranger des gens - notamment pour des raisons politiques -, et vous finirez derrière les barreaux… C'est un mauvais moment à passer mais qui rend plus fort.
Quel lien entretenez-vous avec Paris ? Il paraît que vous écrivez des poèmes sur la capitale…
J'ai une relation forte avec cette ville. La première fois que je suis venu, c'était en 1972. J'ai par la suite fait plusieurs séjours et en 2014 je me suis installé ici. C'est à Paris que j'ai épousé Yana, en 2015. Mes endroits préférés ? Le Jardin des plantes (5e) et tous les parcs et squares de la Ville, surtout ceux équipés d'aires de jeux - j'y passe beaucoup de temps avec mes enfants. Et puis bien sûr, les quais de Seine sont toujours agréables, j'aime y flâner…
Et c'est vrai, j'ai même composé plusieurs textes à son éloge, comme The Sultry Shadow of Notre Dame : « The warm breeze slips through the streets of Paris, Touching the soft cheek that I so cherish. Down along the River Seine where passions flow. By small cafes, where sad poets sip Pernod. Along the banks, lovers holding hands, Past street venders and their green stands, Under the Pont Neuf, the dark waters flow. »
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