Pourquoi les hommes sont-ils en moyenne plus grands que les femmes ? | Recherche

Focus

Mise à jour le 21/10/2026

Deux silhouettes d'enfants aux Buttes-Chaumont;

Les différences de taille entre les femmes et les hommes sont souvent présentées comme une évidence biologique. Mais leur origine pourrait être plus complexe. Dans sa recherche doctorale, l'anthropologue Priscille Touraille interroge les explications traditionnelles de cette différence et explore une hypothèse originale : les inégalités d'accès aux ressources alimentaires entre les sexes auraient-elles pu influencer l'évolution de la stature humaine ?

Infos clés

Dispositif : Bourses Études de genre
Année : 2006
Chercheur-se : Priscille TOURAILLE
Établissement : École des hautes études en sciences sociales (EHESS)
Discipline : études de genre, anthropologie, biologie évolutive, inégalités alimentaires

Présentation

Une différence physique qui interroge les scientifiques

Dans l'espèce humaine, les hommes sont en moyenne plus grands que les femmes. Cette différence, appelée dimorphisme sexuel de taille corporelle, existe également chez de nombreuses espèces de mammifères.

La biologie évolutive a proposé différentes hypothèses pour expliquer son apparition et son maintien au cours de l'évolution.

Certaines cherchent à comprendre les mécanismes qui auraient favorisé une grande taille chez les mâles, tandis que d'autres s'intéressent aux facteurs qui auraient contribué à une stature plus petite chez les femelles.

Mais ces explications permettent-elles réellement de comprendre les différences observées dans l'espèce humaine ?

C'est cette question qu'examine Priscille Touraille dans sa thèse d'anthropologie, soutenue en 2005 à l'EHESS sous la direction de Françoise Héritier.

Quand les rapports sociaux de genre rencontrent l'évolution biologique

L'originalité de cette recherche réside dans la place qu'elle accorde aux rapports sociaux entre les femmes et les hommes.

Dans de nombreuses sociétés, les femmes et les hommes n'ont pas historiquement bénéficié des mêmes conditions d'accès aux ressources.

L'alimentation, en particulier, constitue un enjeu central : sa quantité et sa qualité influencent la croissance, la santé et les conditions de vie.

Priscille Touraille explore l'hypothèse selon laquelle des inégalités alimentaires durables entre les sexes auraient pu jouer un rôle dans l'évolution biologique de la stature humaine.

Elle propose ainsi d'examiner les interactions possibles entre des mécanismes biologiques et des organisations sociales marquées par des rapports de genre inégalitaires.

Cette approche conduit à interroger la séparation habituellement établie entre les explications biologiques et sociales des différences entre les femmes et les hommes.

Méthodologie

Croiser les disciplines pour réexaminer les hypothèses existantes

La recherche repose sur une analyse critique des modèles proposés par la biologie évolutive pour expliquer les différences de taille corporelle.

Priscille Touraille confronte ces hypothèses à des connaissances issues de plusieurs disciplines, notamment :

  • la génétique et la biologie évolutive ;
  • l'écologie et l'étude des interactions entre les organismes et leur environnement ;
  • la paléontologie humaine ;
  • la nutrition ;
  • l'anthropologie sociale.

Cette démarche interdisciplinaire permet d'examiner les explications biologiques classiques à la lumière des conditions sociales et environnementales dans lesquelles les populations humaines ont évolué.

Principaux enseignements

Repenser les explications traditionnelles de la différence de taille

La thèse met en question la solidité de plusieurs représentations classiques du dimorphisme sexuel de taille corporelle lorsqu'elles sont appliquées à l'espèce humaine.

Selon Priscille Touraille, les modèles biologiques existants ne prennent pas suffisamment en compte le rôle possible des rapports sociaux de genre dans l'évolution.

Elle avance ainsi l'hypothèse que l'accès inégal des femmes et des hommes aux ressources alimentaires pourrait avoir constitué une pression de sélection au cours de l'histoire évolutive humaine.

Il ne s'agit donc pas simplement de constater que des différences d'alimentation peuvent influencer la croissance des individus. L'hypothèse porte sur leurs conséquences possibles, à très long terme, sur l'évolution génétique des populations.

Une évolution qui ne serait pas nécessairement avantageuse

La recherche remet également en question l'idée selon laquelle les différences biologiques issues de l'évolution constitueraient nécessairement des adaptations bénéfiques.

Dans son analyse, Priscille Touraille envisage que certains mécanismes évolutifs associés aux inégalités de genre puissent avoir eu des conséquences défavorables pour l'espèce humaine.

Cette réflexion invite à distinguer l'existence d'un caractère biologique de l'idée qu'il serait forcément avantageux ou inévitable.

Elle souligne plus largement l'intérêt d'intégrer les rapports sociaux à l'étude de l'évolution humaine.

Apports de la recherche

Cette recherche contribue aux connaissances sur les rapports entre différences biologiques et inégalités sociales.

En questionnant les explications traditionnellement avancées pour rendre compte des différences physiques entre les femmes et les hommes, elle apporte un éclairage aux réflexions sur les stéréotypes de genre et leur naturalisation.

Elle présente notamment un intérêt pour :

  • La sensibilisation aux stéréotypes de genre, en montrant l'importance de distinguer les différences biologiques observées des explications proposées pour les comprendre.
  • La diffusion de la culture scientifique, à travers une approche associant sciences du vivant et sciences sociales.
  • La compréhension historique des inégalités, en interrogeant les conséquences possibles d'un accès différencié aux ressources selon le sexe.

Cette recherche rappelle ainsi que les connaissances scientifiques sur les différences entre les femmes et les hommes peuvent bénéficier d'un dialogue entre disciplines.

Partenaires

  • École des hautes études en sciences sociales (EHESS)

Pour aller plus loin

Une thèse qui réexamine les origines des différences de taille entre les femmes et les hommes. Priscille Touraille confronte les hypothèses de la biologie évolutive aux connaissances issues de la nutrition, de l'écologie et de l'anthropologie sociale, afin d'explorer le rôle possible des inégalités alimentaires dans l'évolution humaine.

Touraille, Priscille (2005). Dimorphismes sexuels de taille corporelle : des adaptations meurtrières ? Les modèles de la biologie évolutive et les silences de l'écologie comportementale humaine. Thèse de doctorat en ethnologie et anthropologie sociale, EHESS, sous la direction de Françoise Héritier, 513 pages.

Les différences de taille entre les sexes à la lumière des rapports sociaux de genre. Dans cet ouvrage issu de sa recherche doctorale, Priscille Touraille approfondit la réflexion sur le rôle possible des systèmes de genre dans l'évolution biologique humaine.

Les différences de taille entre les sexes à la lumière des rapports sociaux de genre. Dans cet ouvrage issu de sa recherche doctorale, Priscille Touraille approfondit la réflexion sur le rôle possible des systèmes de genre dans l'évolution biologique humaine.

Les Bourses de recherche en études de genre

Cette recherche a bénéficié du soutien de la Ville de Paris dans le cadre des Bourses de recherche en études de genre, qui encouragent depuis 2006 les travaux consacrés aux questions de genre, d’égalité, de féminisme et aux droits des personnes LGBTQIA+.
À travers ce dispositif, la Ville de Paris soutient les jeunes chercheuses et chercheurs et contribue à la production et à la diffusion des connaissances sur ces enjeux.
En savoir plus sur les Bourses de recherche en études de genre

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