Sous le parvis de Notre-Dame, huit mois de fouilles pour révéler l’histoire

Actualité

Mise à jour le 05/03/2026

Fouille archéologique sur le Parvis de Notre-Dame.
Que trouve-t-on quand on sonde les entrailles du parvis de Notre-Dame ? Les archéologues de la Ville de Paris mènent l’enquête dans le cadre d’une fouille préventive. Objectif : étudier les vestiges impactés par le projet d’aménagement des abords de la cathédrale.
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D’ici 2028, le parvis de la cathédrale Notre-Dame (Paris Centre) aura un tout autre visage : végétalisé, doté d’une promenade souterraine et de nouvelles commodités, il ressemblera à une clairière. Mais, avant de pouvoir procéder à un tel aménagement, il faut savoir ce qui se cache sous l’asphalte !
Une fouille archéologique préventive sur 30 mètres de long et 4 mètres de profondeur a été prescrite par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) Île-de-France, là même où devront être créées une fosse de plantation et une sortie de secours pour la crypte archéologique. Huit mois seront nécessaires aux archéologues de la Ville de Paris pour explorer le site couche par couche, parcelle par parcelle, vestige par vestige.

Une occupation continue depuis l’Antiquité

Et les découvertes ne se sont pas fait attendre ! Dès que la dalle de béton a été retirée en janvier 2026, au début du chantier, des murs, potentiellement médiévaux, sont apparus. Pas une surprise pour Hugo Cador, archéologue et responsable de secteur : « Sur l’île de la Cité, l’occupation est continue depuis l’Antiquité. Sous le parvis actuel, presque au même niveau que celui des siècles passés, s’empilent les époques moderne, médiévale et peut-être même antique. » Il savait donc qu’à cet endroit, des îlots d’habitations simplement nivelés lors des aménagements urbains devaient encore exister. « On s’attendait à trouver des vestiges de maisons et de commerces, avec des caves, et des traces d’occupation, que ce soit de la faune, du mobilier en terre cuite ou des objets organiques. »
Alors que les cloches de Notre-Dame retentissent, Hugo s’engouffre dans le trou béant creusé par les pelleteuses, truelle à la main. Il gratte délicatement une couche de mortier. Le sondage n’a atteint que 2 mètres de profondeur et, déjà, il rencontre des éléments des XIIe, XIVe, XVe, XVIe et XVIIIe siècles. « Chaque trace de mortier, chaque changement de texture devient une unité stratigraphique soigneusement délimitée, explique-t-il. Tout est numéroté, ordonné, photographié, enregistré. »

La vie quotidienne de l’époque

Fragments de poterie, pièces en métal, bouts d’assiettes, os d’animaux… À chaque jour ses découvertes. « Ce ne sont pas des trésors, comme des lingots d’or, mais chaque élément a une grande valeur scientifique », assure Hugo. Ce qui le fait vibrer ? « Quand on tombe sur des objets entiers, comme ce pichet médiéval ou ce chandelier déterrés des anciennes latrines qui servaient alors de dépotoir. Ce mobilier permet de reconstituer la vie quotidienne de l’époque et de caractériser les occupations : habitat élitaire, simple maison, lieu de culte, commerce. »

On ne peut pas dater les vestiges tant que l’on n’a pas vérifié toutes les informations. Et encore, ce que l’on en conclut n’est qu’une hypothèse.

Hugo Cador
archéologue
Une fois déterrés du gisement, les objets prennent la direction du laboratoire de la rue du Pré (18e), où ils sont nettoyés, analysés, datés au carbone 14 ou reconstitués à partir de centaines de morceaux. Ceux qui mènent l’enquête ? Les experts du Pôle archéologique de la Ville : une anthropologue, une céramologue, une archéozoologue, une archégéographe, un topographe et une conservatrice-restauratrice.

De nouvelles technologies à l’appui

Si une grande partie du travail des archéologues se déroule les mains et les pieds dans la terre, les nouvelles technologies sont aussi là pour les assister. « Grâce à elles, on fait de mieux en mieux et toujours plus vite », affirme le professionnel en effectuant la démonstration d’un tachéomètre laser. L’outil sert à enregistrer des points précis du terrain, utilisés comme repères pour produire des modèles 3D – au moyen de la photogrammétrie – et des images satellitales – des clichés de la surface terrestre pris depuis l’espace.
Sur ce chantier – et tous les autres actuellement en cours –, un mot d’ordre prévaut : l’adaptation. « Parfois, on s’enthousiasme en trouvant quelque chose qu’on n’avait pas imaginé, témoigne Hugo. Mais, très vite, on se rend compte que cela signifie qu’il va falloir repenser totalement notre stratégie, notre méthodologie, notre agenda ! » D’ici cet été, les archéologues descendront de plus en plus profond. Mettront-ils au jour des sépultures, comme dans la cour du Palais de Justice ? Des baïonnettes, comme lors de l’aménagement de l’Adidas Arena (18e) ? Et, pourquoi pas, des traces de la présence d’une ville gauloise !
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