Transition écologique : quand la recherche scientifique éclaire l'action publique

Focus

Mise à jour le 19/01/2026

Vue aérienne sur l'avenue de saxe, bordée d'arbres.
La Ville de Paris s’est dotée d’objectifs ambitieux en matière de transition écologique. Pour relever les défis des transformations urbaines à venir, elle fait appel à des chercheuses et chercheurs dans des formats de collaboration inédits.
Mener une transition plus juste et au service de la santé, renforcer la sobriété énergétique et matérielle, prendre en compte les plus vulnérables… Face à la complexité des enjeux de la transition socio-écologique, la recherche scientifique est une alliée précieuse. Retours sur deux formats de collaboration expérimentés à la Ville de Paris pour mobiliser chercheuses, chercheurs et agents au service de la transition écologique.

Les carnets du GREC francilien : la recherche au service de l'action publique

Une collaboration avec les scientifiques du GREC Francilien (Groupe régional d’expertise sur le changement climatique et la transition écologique en Île-de-France), s’est concrétisée via une expérimentation inédite, menée de 2022 à 2024, qui a débouché sur la production de carnets de synthèse. Les groupes de travail ont présenté les résultats de leur expérimentation, le 5 juin 2024 à l'Académie du Climat. L'objectif de cette collaboration entre la Ville de Paris et le GREC Francilien : renforcer les politiques publiques parisiennes dans la pratique et identifier les connaissances manquantes pour agir.

Des carnets de connaissances co-produits

L’expérimentation a été menée sur quatre thématiques : « Les classes populaires et la transition socio-écologique », « La sobriété énergétique et matérielle urbaine », « Comment orchestrer les flux de matières organiques urbaines » et « La transition écologique est-elle au service de la santé ? »
Elle a permis la co-production de carnets par des groupes de recherche interdisciplinaires et plusieurs directions de la Ville. Ils formulent des enseignements communs pour renforcer l'action publique et ouvrent des champs de recherche et d'action, à Paris et dans sa métropole, pour une transition plus juste, plus sobre, et donnant toute leur place aux plus vulnérables.
…ou consultez la synthèse des apprentissages collectifs des carnets :
- Classes populaires et transition
- Sobriété énergétique et matérielle urbaine
- Matière organique

Les résultats proposés aux élus

Inspiré du processus d’approbation des rapports du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), les résultats scientifiques des carnets et les éléments d’aide à la décision ont été proposés aux élus concernés par chaque thématique dans le cadre d’une recherche-action. Sur le sujet des matières organiques, par exemple, la Ville de Paris disposait d’une connaissance partielle des matières qui circulaient en ville et en sortaient (biodéchets alimentaires, déchets verts, excrétas, terres des chantiers), ce qui rendait leur gestion difficile. Une expérimentation a été proposée pour structurer une filière de valorisation des biodéchets issus des cantines parisiennes vers l’agriculture durable, en bassin de Seine.
Les prochaines étapes sont la mise en œuvre des éléments d’aide à la décision retenus par la Ville de Paris comme l’inscription à certains plans et stratégies à venir, la déclinaison en groupes de travail dédiés, le lancement d’études et d’expérimentations, le soutien à la recherche avec l’offre Paris Recherche ainsi que de nouveaux partenariats avec le GREC francilien et les acteurs-clés de la recherche sur la transition socio-écologique.

Des doctorantes au cœur de la Ville de Paris au service de la transition écologique

Dans le sillage des carnets du GREC francilien, la Ville a expérimenté un format dédié pour diffuser et traduire en principes d’action les résultats des thèses réalisées en contrat Cifre au sein de la Direction de la transition écologique et du climat. Plusieurs ateliers menés avec les expertes et experts concernés à la Ville ont permis d’intégrer aux livrables des principes d’action et des recommandations renforcer l’action de la Ville.
Cette année, trois thèses ont fait l’objet d’un travail dédié, avec publication de plusieurs livrables :
  • Justice sociale et acceptabilité des politiques publiques environnementales par Ellora Frémaux Miguel, doctorante à la Ville de Paris rattachée au Laboratoire de Psychologie Sociale de l’Université Paris Cité – Plus une politique publique est perçue comme juste, plus son acceptabilité augmente. Pour mieux comprendre les éléments-clés constitutifs de cette perception de justice, Ellora Frémaux Miguel a étudié quatre mesures écologiques de la Ville : les menus végétariens dans la restauration collective, le développement des pistes cyclables, les subventions pour l’achat de vélo et la Zone à Faibles Emissions. La Ville retient plusieurs enseignements des résultats de cette recherche, qui soulignent l’importance de garantir des procédures justes d'élaboration et de mise en œuvre d’une mesure (principe d’action 1), de veiller à une répartition juste des contraintes et des bénéfices associés (principe 2), d’anticiper les menaces et de valoriser les opportunités qu’elle représente pour les modes de vie ou la société (principe 3). Ces différents principes sont liés les uns aux autres et il apparaît essentiel de les mettre en œuvre conjointement afin d’éviter des effets rebonds négatifs. Pour en savoir plus, lire le livrable de thèse d’Ellora Frémaux-Miguel.
  • Les communautés énergétiques urbaines par Marta Tramezzani, doctorante à la Ville de Paris rattachée au Centre d’études européennes de Sciences Po – Via les exemples de Barcelone, Milan et Paris, Marta Tramezzani s’est intéressée aux communautés énergétiques comme leviers d’une transition plus juste et démocratique. De quoi s’agit-il ? Ce sont des regroupements de citoyens, d’associations, d’entreprises et d’autorités locales qui s’associent autour d’un projet de production, de consommation et de partage d’énergie renouvelable. Au-delà de la production d’énergie, ces projets sont des lieux d’échanges et d’apprentissages mutuels sur l’utilisation de l’énergie. Espaces de discussion et de décision collective, elles contribuent souvent à politiser des enjeux d’apparence technique. Le partage de l’énergie produite entre les membres, la réduction des consommations et les inégalités d’accès à l’énergie sont autant de sujets qui y sont abordés. Ces réflexions encouragent à transformer leur usage de l’énergie et ces communautés énergétiques peuvent aller jusqu’à s’investir dans des projets de lutte contre la précarité énergétique ou de sobriété énergétique. A Paris, plusieurs communautés énergétiques existent déjà, soutenues par la Ville. Une meilleure compréhension de leur fonctionnement permet de réfléchir aux nouvelles manières de soutenir leur développement. Le travail de Marta Tramezzani a fait l’objet d’un livrable dédié et d’un atelier de restitution « de la recherche vers l’action » à destination des services concernés à la Ville de Paris et à l’Agence Parisienne pour le Climat. Pour en savoir plus, suivre le travail de thèse de Marta Tramezzani.
  • Les indicateurs de suivi des politiques publiques environnementales et les observatoires par Chloé Desplechin, doctorante à la Ville de Paris et au Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques (Clersé) à l’Université de Lille. Les indicateurs tiennent une place centrale dans la transition socio-écologique menée par les Villes comme Paris. A mesure que les collectivités ont construit des politiques publiques environnementales, les indicateurs se sont multipliés, jusqu’à devenir incontournables dans les plans d’actions et rapports d’activité aujourd’hui obligatoires, à l’image du Plan Climat et du Bleu Climat à la Ville de Paris. Au-delà d’une simple description de la situation, ils visent à contribuer au pilotage de l’action publique. 170 000 arbres à planter, 50% des places de stationnement à transformer, 40 000 logements à rénover, 300 rues à végétaliser, moins 15% d’énergie consommée dans les bâtiments municipaux… Les indicateurs structurent les imaginaires collectifs, mais chacun masque une réalité complexe. Lesquels sont choisis, comment ont-ils été construits et quelle utilité pour l’action ? Le travail de thèse de Chloé Desplechin retrace l’histoire et l’utilité de la quantification de la transition écologique à la Ville de Paris. L’évaluation des politiques publiques, le reporting, mais également les besoins de clarification et de communication auprès du grand public ont alimenté la production de nouveaux indicateurs, même si les plus utilisés restent ceux coconstruits avec le plus de parties prenantes. Paris compte plus de 14 observatoires territoriaux, qui jouent un rôle-clé pour concevoir et alimenter ces indicateurs, donner du sens à la thématique associée et faire de l’observation un outil pour éclairer l’action.